La plantation: une oasis végétale dans le bitume
Photographie Camille Hirigoyen

La plantation: une oasis végétale dans le bitume

La plantation: une oasis végétale dans le bitume

De l’espoir et de l’amour : voilà ce que j’ai reçu en visitant la ferme urbaine La Plantation au début du mois de juin 2021. Une oasis de permaculture située Porte de la Chapelle à Paris. Un pied de nez au bitume et au chaos de la ville. Visite.

La saison des éclipses qui a précédé le solstice d’été m’a donné l’impression d’entrer dans un extracteur à jus émotionnel. La sensation d’être plaquée contre les parois d’une machine à une vitesse élevée pour me délester de mes propres épluchures et récolter l’essence. J’étais rincée et je ressentais une tristesse en dissonance avec la réouverture des terrasses et la fin tant attendue du confinement. J’observais la précipitation générale à retrouver son rythme et ses habitudes « d’avant » avec à la fois de la joie et une crainte intérieure : et si tout retournait à la « normale » ? Et si la perspective d’une issue nous faisait oublier toutes les prises de conscience que cette épreuve nous a offertes ? Alors, ça y est, on repart avec nos rythmes déchainés, allez hop fini le télé travail, tout le monde au bureau, tout le monde en bagnole, rien à foutre de la planète maintenant qu’on n’en est plus privé, on n’va pas en plus déprimer avec le rapport du GIEC, foutez-nous la paix avec l’immunité, on s’en cogne de prendre soin de nous, c’est fini, circulez y’a rien à voir… Je sais que ce n’est pas parce que l’énergie s’accélère à nouveau à l’extérieur que cela signifie qu’on a tiré la chasse sur les découvertes que nous avons douloureusement faites sur nous-mêmes ces quinze derniers mois. Je sais que je ne suis pas la seule à appeler de mes vœux l’émergence d’un nouveau monde. Je sais aussi que cette peur m’appartient et qu’elle parle plus de moi que des autres. En tous cas, c’est l’état dans lequel je me trouvais lorsque j’ai découvert La Plantation.

Photographie Lili Barbery-Coulon

tout quitter pour planter un jardin dans la ville

La veille, Marie Chavarot – qui a rejoint la famille d’agriculteurs créateurs du réseau Le Bon Plant – et la journaliste Camille Labro avaient toutes les deux réagi à une annonce que j’avais publiée sur Instagram, demandant à mes abonnés de m’aider à trouver un grand espace pour organiser un cours de yoga en plein air. Alertée par ces deux expertes de l’alimentation consciente, j’ai contacté Sarah Msika la fondatrice et nous nous sommes rencontrées le lendemain après-midi dans la ferme parisienne qu’elle a créée. Le long des voies ferrées et des chantiers à l’extrême Nord de Paris, se trouve un paradis insoupçonnable. Sur les toits de bureaux fraichement construits, un potager en permaculture, une serre gigantesque remplie d’herbes fraiches cultivées en bioponie, une grange en verre, une terrasse vertigineuse donnant sur le Sacré Cœur et les trains de banlieue. La peau tannée par le potager et la silhouette gracile, Sarah s’est avancée vers moi et m’a fait visiter les sept mille mètres carré où elle a construit son projet en octobre 2020. Nous avons commencé la visite par la serre en verre made in France (suffisamment rare pour le noter) de 1200m2 où des variétés hallucinantes de basilic, aneth, coriandre, persil, de micro pousses, de tagette et d’herbes variées poussent sur des tables à l’abri du vent. L’énergie utilisée provient du data center sur lequel la serre est installée : on récupère la chaleur des ordinateurs et des bureaux pour faire pousser des plantes fragiles ! Saviez-vous que la plupart des herbes fraiches que nous consommons sont importées de l’étranger ? Ne comprenant pas cette hérésie, Sarah a quitté une vie professionnelle confortable pour monter ce projet fou : faire pousser des plantes sur les toits afin de les distribuer aux urbains qui ont perdu le goût du bon produit.

Photographie Camille Hirigoyen

créer de l’impact positif à tous les niveaux

Immédiatement repérées par les plus grands chefs parisiens, les produits issus de La Plantation ne se contentent pas d’être bons pour l’environnement et la santé de ceux qui les mangent. Ils sont délicieux. Et Sarah Msika comme son associé Sidney Delourme qui l’a rejoint dans cette aventure n’ont pas l’intention de réserver ces produits aux seuls chanceux qui fréquentent des restaurants étoilés. En plus de distribuer ces plantes dans des épiceries conscientes, ils se sont battus pour diffuser leurs herbes fraiches chez Monoprix et Franprix à Paris. Pourquoi ? Parce que l’accès aux bons produits ne devrait pas être exceptionnel mais évident. Restait à solutionner le problème du packaging qui permet de conserver la fraicheur de ces plantes biberonnées aux algues et aux minéraux : « Nous avons développé un emballage en sucre de canne qui est totalement compostable, répond Sarah. Je précise que le sucre n’est pas cultivé pour la production de ces packagings, nous utilisons un résidu de la culture du sucre de canne. » Chaque étage du projet est pensé pour avoir un impact positif sur le vivant, qu’il s’agisse de la santé du consommateur ou celle de la planète. Le potager de 1500m2 qui se trouve derrière la grande terrasse en est un autre exemple : certes la parcelle est minuscule mais les principes de la permaculture lui offrent un rendement d’une abondance incroyable.

Photographies Lili Barbery-Coulon (ci-dessus, la serre où sont cultivées les plantes en bioponie)

retrouver l’espoir

Alors que des grues transportent des dalles de béton à quelques mètres de là, que les trains crissent sur les voies ferrées au rythme des marteaux piqueur tentant de percer un sol déjà bien torturé, les pois gourmands et les framboisiers se dressent vers le ciel. Ils ne sont pas impressionnés par la folie des hommes entassés dans des boîtes de béton. Ils ne les jugent pas. Ils semblent débordés de générosité et d’affection. Ce matin-là, j’avais commencé ma journée par une sadhana (pratique matinale de kundalini yoga) sauvage improvisée avec quelques élèves sur les quais de Seine. J’avais besoin d’air et d’espoir. Je me suis cassée une minuscule articulation du pied juste avant de partir les rejoindre, en tapant mes orteils contre un tapis. J’étais agacée par la symbolique (parfois les signes envoyés par l’Univers ne sont pas ceux que l’on attendait), je m’en voulais d’être aussi brutale. Et puis le chant de nos voix mêlées m’a réconfortée. Ré-unie. Or, lorsqu’on vibre cette fréquence d’unicité, on ne peut qu’attirer des situations en relation avec cette énergie. La découverte de la Plantation l’après-midi même est arrivée comme un cadeau. Une main posée sur mon épaule qui murmure : « Garde espoir. Nourris-le. Ne te laisse pas coloniser par tes ombres. La beauté existe. La lumière est toujours là. Cesse de focaliser sur ce qui ne te convient pas. Regarde tout ce qui est déjà là. Observe les miracles, les cadeaux. Investis toute ton énergie à diffuser ce message. Contamine par ta joie et ton enthousiasme. »

Photographies Camille Hirigoyen

quand tout est fluide…

Assises sur les marches devant la terrasse, j’ai regardé Sarah et je lui ai confié combien la rencontrer et visiter son projet m’avaient fait du bien. Elle avait l’air troublé à son tour. C’était vraiment un instant suspendu. Imaginez combien elle a bataillé pour faire construire cet espace et lui permettre d’exister. Imaginez les montagnes à déplacer et l’argent à trouver. Imaginez tous les sacrifices personnels et financiers mais aussi le courage qu’il a fallu pour surmonter le jugement de ses proches la prenant pour une cinglée de se lancer dans la culture du basilic Porte de la Chapelle ! Mon émotion a résonné avec la sienne. Elle n’en revenait pas que je sois aussi touchée. Alors, on est resté là avec nos deux cœurs grand ouverts et on a imaginé un atelier yoga et présentation du lieu. La météo semblait plutôt clémente. On s’est précipité sur la date du 16 juin, j’ai écrit le texte présentant l’atelier le lendemain, Sarah l’a publié et mis en vente aussitôt et nous avons vendu les 90 places en moins d’une heure. Tout était fluide, simple, facile. A 6h du matin, avant l’arrivée des élèves le 16 juin, j’étais seule (enfin pas tout à fait, un voisin nu comme un vers me regardait de son balcon saluer le soleil avec mes asanas) sur la terrasse. Je n’arrêtais pas de répéter : « merci la vie, merci, merci, merci, merci ». La suite de la matinée s’est déroulée sous le signe de la gratitude. Mon intention était de mobiliser l’énergie du groupe au service de la terre, celle du potager derrière nous, celle des plantes sous la serre mais aussi celle qui sommeille sous le béton parisien. Nous avons chanté le bhakti mantra (Adi shakti namo namo…) afin de nous incliner devant cette force de vie qui fait battre nos cœurs, hisse les pousses vers le soleil et fait tourner les planètes sur elles-mêmes. C’était magique.

Photographies Camille Hirigoyen

promis, il y aura d’autres événements à la plantation…

Il y aura d’autres ateliers à La Plantation. J’ai organisé dans la grange de verre une sadhana le 21 juin pour le solstice d’été, la salle est incroyablement belle, la sonorité idéale et le volume suffisamment grand pour accueillir un large groupe, ce qui me donne l’espoir de vous y retrouver en toutes saisons. Je vous tiendrai au courant dans mes prochaines newsletters (pour s’inscrire, c’est sur ce site, barre latérale à droite si vous lisez sur un ordi, ou scrollez tout en bas pour trouver la boite ad hoc). La porte de la Chapelle, c’est un peu le bout du monde pour beaucoup de Parisiens et de banlieusards installés au Sud ou à l’Ouest. Mais le lieu vaut le détour. Quant à ceux qui voudraient goûter aux produits de La Plantation, allez faire un tour sur le site de la ferme ou écrivez à [email protected] pour connaitre les lieux où sont distribués leurs légumes. Vous ne le regretterez pas : je suis en train de préparer un déjeuner avec leurs petits pois et j’ai l’impression d’avoir de l’or dans les mains. Le nouveau monde est bel et bien là.

Sarah msika Photographiée par Alain Sevias

Merci infiniment à Camille Hirigoyen pour son talent extraordinaire et ces photos (vous ne devriez pas avoir de mal à distinguer les siennes dans cet article!) qu’elle a saisies le 16 juin 2021 au matin.