Réalité, projections et imperfections
Photographie Lili Barbery-Coulon

Réalité, projections et imperfections

Réalité, projections et imperfections

Depuis la sortie de mon livre, je reçois beaucoup de questions sur mes routines, mes habitudes quotidiennes, ma pratique… Je m’aperçois qu’il existe un grand écart digne de celui de Nadia Comaneci entre ma réalité et ce que l’on s’imagine de ma vie. J’ai réuni la plupart de ces questions afin d’y répondre et de rassurer les personnes qui pensent que j’ai la discipline d’un moine tibétain ou que je mène une vie “parfaite”… ha ha ha, nope !

Est-ce que TU TE LÈVES tous les matins à 5h du matin ?

NON. Je me réveille toujours avant l’alarme de mon téléphone que j’enclenche uniquement les jours où je donne des cours de yoga tôt le matin. Le reste du temps, je laisse mon horloge interne me sortir du sommeil quand j’ai eu ma dose. Je dors peu, six à sept heures suffisent à me ressourcer la nuit. MAIS JE FAIS SOUVENT DES SIESTES DANS LA JOURNÉE ! Et il m’arrive d’avoir besoin de dormir plus longtemps le weekend. Donc mon heure de réveil varie entre 4h45 et 8h selon les périodes de l’année et mes pratiques du moment.

Pourquoi est-ce que TU TE LÈVES aussi tôt ?

Je ne l’ai pas choisi : je me suis toujours réveillée à l’aube, même lorsque j’étais enfant. Cela doit être inscrit dans mon métabolisme. En même temps, je considère que c’est une chance. J’adore le silence de l’aube et j’aime ces moments en tête à tête avec mon chat sur mon tapis de yoga le matin. Et puis c’est aussi très pratique parce que cela me permet de pratiquer avant que ma fille ne se lève pour le collège ou bien avant d’aller donner mes cours matinaux.

Est-ce que TU PRATIQUES tous les matins yoga et méditation ?

Oui, quasiment tous les jours. C’est très rare que je ne fasse rien en me levant et que j’aille directement petit-déjeuner. Cela m’est arrivé avant ou après des formations très intenses de kundalini yoga. Ou bien si je suis vraiment clouée au lit. Mais je fais dans ce cas au moins une petite méditation… Je suis tellement habituée à me retrouver dans mon silence intérieur le matin et à en tirer les bénéfices sur mon état général, que je vois vite la différence les rares jours où je ne prends pas soin de ma connexion avec ma conscience.

Est-ce que tu fais toujours des challenges de 40 jours le matin ?

Le dernier kriya (set de postures enchainées dans un ordre très particulier) que j’ai fait très sérieusement remonte à cet été. Depuis, je varie les plaisirs. Parfois je répète un kriya plusieurs jours d’affilée pour en faire l’expérience et pouvoir l’enseigner. En ce moment, je suis dans un cycle sur le vide, et je médite avec le mantra « prana apana » tous les jours, dans mes cours et en dehors de mes cours. Je ne sais pas si je vais le faire 40 jours mais il va m’accompagner pendant tout le mois de décembre c’est certain. En janvier, je vais devoir, dans le cadre de ma formation à l’enseignement du kundalini yoga niveau 2, entamer un truc un peu dingue que je n’ai jamais fait : 40 jours de deux heures trente du long mantra « ek ong kar ». J’avoue que je n’arrive pas à imaginer que ce soit possible. Mais bon, je vais essayer et avec l’aide des élèves qui partent en stage avec moi, je vais probablement y arriver. Enfin, deux heures trente pour le moment, ça me parait IMPOSSIBLE… Pourquoi 40 jours ? Parce qu’on dit, dans le kundalini yoga, que c’est le temps nécessaire pour intégrer une nouvelle habitude et bénéficier de toutes les vertus d’un kriya et d’une méditation. Quand on s’engage sur 40 jours, il n’y a pas de « day off ». Si on saute une journée, on doit repartir depuis le début. Il n’y a pas de police pour le vérifier, c’est un engagement qu’on prend avec soi-même. Mais c’est important de voir qu’on est capable de s’engager dans quelque chose qui nous fait du bien et qui nous transforme. Néanmoins, j’ai aussi eu besoin de sortir de ces phases de 40 jours pour avoir le temps de découvrir de nouveaux kriyas… Il y en a tellement que c’est un peu frustrant pour moi de rester sur le même pendant plus d’un mois.

Combien de temps dédies-tu au yoga par jour et combien de temps à la méditation ?

Ça dépend. Ça dépasse. Pardon je sors 🙂 Certains jours, comme ce matin, je tombe du lit avant 5h du mat avec une furieuse envie de pratiquer et je fais un kriya complet (30 minutes à 1h30 selon les kriyas) + une longue méditation (31 minutes en tout : ah oui, les temps, ça marche souvent sur un compte 5, 7, 11, 22 ou 62 minutes pour des raisons de numérologie sacrée, mais si vous faites 20 minutes pile, c’est très bien aussi !). Certains kriyas prennent plus de deux heures à faire mais dans ce cas, je réduis les durées selon le temps dont je dispose. Ça dépend aussi de mon état physique, de la période de mon cycle, de mon état émotionnel. Bref, je dose et j’adapte. Parfois, je ne fais qu’un warm up assez sportif pendant 15 minutes puis j’enchaine avec ma méditation. La durée de mes méditations est très variable. J’oublie souvent le chrono, surtout si je médite en silence. Ensuite, je donne cinq cours par semaine. Un professeur de kundalini yoga n’est pas sensé faire les postures avec ses élèves pour rester bien ancré et concentré sur l’énergie à canaliser. J’accompagne quand même les élèves pour les encourager. Mais je ne pratique pas comme eux : je ne me laisse pas « aller », je reste les yeux bien ouverts et je cultive une qualité de présence. Du moins, j’essaie. Quant aux cours que je prends, ils sont moins réguliers qu’avant. Je manque de temps et je ne trouve pas toujours de cours qui conviennent à mes horaires ou mes envies. Après ma dernière formation début novembre, j’ai mis un petit peu de temps à me remettre physiquement. J’ai préféré pratiquer chez moi et à mon rythme. Mais depuis le début des grèves, je me sens frustrée. L’appel des cours est revenu. J’ai aussi envie de pratiquer d’autres yogas pour compléter le kundalini. Ça devrait s’arranger en janvier.

Est-ce que tu prends toujours une douche froide le matin ?

NON, surtout quand je me lève plus tard que d’habitude. Mais je n’ai jamais regretté une seule douche froide. Même lorsqu’elle est ultra courte, ça reste le soin énergétique le plus fantastique et le plus rapide que je connaisse. Mais ce que j’aime dans la douche froide, ce n’est pas la douche en elle-même (je ne suis pas maso) c’est la sensation démentielle en sortant. Pas parce que c’est fini ha ha ha ! Non, c’est agréable car le corps a brusquement chaud et on se sent neuf de partout. Pour commencer une journée, c’est pas mal ! Ah oui, et j’évite la douche froide les deux premiers jours de mon cycle.

Est-ce que TU TE SAVONNES sous l’eau froide ?

NON je ne me lave pas sous l’eau glacée ! Je ne suis pas maboule non plus. Je reste très peu de temps sous l’eau froide. Certains restent au moins 3 minutes sous la douche froide, d’autres vont jusqu’à 11 minutes. En ce qui me concerne, c’est très rapide. Je me lave à l’eau chaude le soir avant de me coucher et/ou après un cours de yoga. Du coup, je pense que je suis celle qui dépense le plus de flotte de la famille…

Est-ce que TU MANGES toujours sainement ?

NON. Il m’arrive d’avoir envie des biscuits industriels de ma fille ou de saliver devant une le toast de pain de mie plein de sucre blanc de mon mari. Il m’arrive aussi de manger un peu plus que ma faim. Sans me gaver mais juste un peu plus que ce que mon corps réclame. Et je ne me fusille pas quand ça arrive parce que je sais que ce sont des phases et qu’elles sont aussi suivies de moments de régulation naturelle où j’ai brusquement envie de moins. Je fais plutôt attention à la qualité des produits que je consomme, pas seulement par respect pour mon corps mais aussi parce que je suis soucieuse du système que je cherche à valoriser. Je suis convaincue que nos actes d’achat façonnent aujourd’hui le monde dans lequel nous vivons. Il y a des choses sur lesquelles je ne veux plus revenir comme l’achat de bouteilles d’eau minérale qui est vraiment exclu de notre quotidien. Je privilégie au maximum le frais et le local mais ce n’est pas toujours possible et même si j’achète le moins possible d’avocats, je suis incapable de me passer de bananes (un exemple parmi tant d’autres à améliorer dans mon panier). Mes placards sont loin d’être parfaits mais j’essaie de faire ma part d’efforts tout en respectant les goûts de ma famille qui sont différents des miens.

Est-ce que TU SUIS encore LE régime weight watchers (à présent appelé WW) ?

NON. J’essaie de me fier le plus possible à mes sensations (faim satiété). Je ne me pèse pas de manière régulière (une fois par mois) mais j’ai un jean test qui lorsqu’il devient trop serré est le signe que je dois m’interroger sur la manière dont je me suis alimentée les jours précédent. Pas pour me fouetter et me mettre au régime strict mais juste pour comprendre ce qui m’a conduit à manger plus. Je maigris rapidement lorsque je fais des stades de kundalini yoga ou bien lorsque je pars en retraite. Je prends un peu de poids lorsque je suis moins active et j’accepte ces variations sans traumatisme. J’ai testé plusieurs diètes sévères dans le cadre de mes formations à l’enseignement du kundalini yoga. Elles m’ont permis de comprendre beaucoup de choses sur le plan spirituel et émotionnel. En revanche, je ne les recommande pas aux personnes ayant eu ou souffrant encore de troubles du comportement alimentaire. Je sais que chez moi, toute forme de restrictions lourdes me catapulte illico en mode « control freak ». Or, les personnes souffrant de troubles alimentaires sont autant addicts à la bouffe qu’au contrôle. Weight Watchers est sans doute le régime le moins restrictif mais il fonctionne également sur une base de contrôle calorique avec seulement quelques aliments à consommer « à satiété ». J’ai gardé pas mal de réflexes WW comme demander la sauce à part lorsque je commande une salade, prendre conscience des portions en me servant des cuillères ou en visualisant les quantités dans des bols… mais je ne ressens plus le besoin ni l’envie de noter ce que je mange ou bien d’aller dans une réunion. En revanche, lorsque cela m’apparait nécessaire, et ça n’a pas été le cas depuis plus d’un an, je prends rendez-vous avec Olivia Vindry (si vous voulez en savoir plus sur WW ou sur elle, je vous recommande d’acheter mon livre La Réconciliation, j’explique les bons et les mauvais côtés de la méthode)  avec laquelle, au fond, nous parlons peu de nourriture. Elle ne s’évertue qu’à une chose : me rappeler combien je peux me faire confiance. Enfin ça fait très longtemps que je ne l’ai pas vue et juste pour le plaisir de rigoler avec elle, écrire son nom me donne envie de l’appeler aussi sec.

Est-ce que TU MANGES toujours sans gluten, sans lait de vache, sans sucre ou sans alcool ?

NON. Je n’ai appliqué le régime sans gluten et sans produits laitiers que quelques mois il y a plusieurs années. J’y ai trouvé de nombreux bienfaits et je continue à faire gaffe avec le gluten que je consomme en petites quantités la plupart du temps. Il est très rare que je mange des pâtes en revanche, j’adore le pain. J’aime encore plus le beurre salé : le combo gluten + lait de vache, pas top pour mon estomac. Bon, à petites doses, pas de problème. En revanche si c’est trop fréquent je le paie cher : j’ai le visage et le ventre gonflés en me levant. Je ne bois jamais de lait de vache mais il m’arrive de manger des crêpes. Je ne mange quasiment jamais de yaourts à base de lait de vache (mais ce midi il y avait du fromage blanc avec du chou-fleur dans un restaurant et je ne l’ai pas écarté sauvagement, j’ai trouvé ça délicieux d’ailleurs). J’aime les fromages et j’ai du plaisir à manger du parmesan ou un vieux conté à base de lait de vache. Là encore, j’essaie de ne pas en faire une habitude. Et je me pose mille questions sur le prélèvement du lait de ces animaux. Vache, chèvre ou brebis, j’essaie de consommer ces produits de manière exceptionnelle et en provenance de fermes d’exception. En dehors d’une diète de 40 jours sans sucre et sans produit transformé l’hiver dernier, je n’ai jamais, mais alors jamais, exclu le sucre. Il n’y a pas de sucre blanc chez moi mais j’aime la confiture, le miel, les pâtisseries et il y a plein de sucres cachés dans de nombreux produits comme le chocolat même lorsqu’il est d’excellente qualité. J’essaie de faire la différence entre ce qui est festif et ce qui est quotidien. Je ne mange pas un dessert à la fin de chaque repas et il s’agit plus souvent d’un fruit que d’un entremet sucré. Mais bon, je suis gourmande ! Je suis curieuse. J’adore manger, j’adore découvrir de nouvelles saveurs. En tous cas, je sais que si je fais du sucre mon ennemi à abattre, il y a de grandes chances pour que je me retrouve à compulser sur un autre produit. Ou sur des aliments sucrés. Pour moi : pas de restriction = pas de compulsion. En ce qui concerne l’alcool, là c’est un choix différent : je déteste le goût de l’alcool ; je n’envie pas mes amis une coupe de champagne ou un verre de vin à la main, lorsqu’ils sont en train de trinquer. J’ai horreur du goût de ces boissons. C’est comme le café. J’en ai bu des années par habitude ou pour leurs effets sur mon état général. Aujourd’hui, ça n’est juste plus possible pour moi. Je ne le vis pas comme une privation.

Est-ce que TU ES végétarienne ou végétalienne ?

NI L’UN NI L’AUTRE. Je ne mange pas de viande. J’ai cessé d’en consommer en avril 2018. J’en ai expliqué les raisons à plusieurs reprises (et aussi dans mon livre) mais j’y reviens un peu plus bas dans une autre question sur les vêtements. En revanche, j’ai à nouveau le besoin et l’envie de manger du poisson, des fruits de mer, donc j’en consomme en petites quantités. C’est bien difficile de trouver à Paris des produits de qualité. J’adore le poisson mais en acheter dans les poissonneries classiques me déprime au plus haut degré. Heureusement, il y a des circuits alternatifs respectueux de la mer, de la reproduction des espèces et de notre santé (Poiscaille par exemple). Je mange aussi des œufs et des laitages (principalement issus de la brebis ou de la chèvre). Je trouve qu’il n’est pas si simple de s’alimenter lorsqu’on est 100% végétarien, ce que j’ai tenté de faire pendant plusieurs semaines en 2018 et ce qui est quand même l’essence de mon alimentation la plupart du temps. Je manque alors de produits rassasiants et je mange beaucoup trop de produits issus du soja (ce qui n’est pas mieux pour l’environnement ni pour ma santé, même lorsqu’il est cultivé en France dans le respect de l’agriculture bio). L’autre écueil est de consommer des quantités astronomiques d’oléagineux parce qu’ils paraissent « sains ». Ils le sont, mais en petite quantité seulement. Et ils ne sont pas digestes lorsqu’ils sont consommés avec leurs peaux : mieux vaut les laisser tremper toute une nuit dans l’eau et les déshabiller au réveil (et je ne le fais pas toujours). Quant aux légumineuses, encore faut-il bien les digérer : les laisser fermenter dans l’eau permet d’éviter d’avoir le ventre gazeux (on comprend mieux pourquoi on entend souvent les yogis péter pendant les stages intenses de yoga avec mono diètes de lentilles ou de pois chiche ha ha ha, j’envoie du rêve). Mais au fond, est-ce bien important de savoir ce que je mange et pourquoi ? Mes choix ne sont pas faits pour être dupliqués. Je ne me suis pas arrêtée de consommer de la viande ou de l’alcool parce qu’on m’a dit que c’était mal. D’un seul coup, ça n’a tout simplement plus été possible pour moi. Je n’évite pas le gluten parce que Gwyneth Paltrow dit que c’est mauvais pour ses rides. J’ai simplement remarqué que lorsque j’en fais des excès, j’ai moins d’énergie et je suis plus gonflée. Une autre personne a peut-être des réactions physiologiques bien différentes des miennes. Elle aurait bien tort de s’en priver uniquement parce qu’on lui a dit que c’était mauvais. Ce qui est mauvais c’est de vivre son alimentation dans la contrainte et la culpabilité. Lorsqu’on choisit en conscience, en connaissance de l’impact sur son corps et sur le vivant, il y a de la joie, pas de la contrainte.

Est-ce que tous Tes repas sont toujours « pimpés » (PARFAITEMENT MIS EN SCÈNE) ?

NON. J’ai toujours autant de plaisir à me préparer un repas afin qu’il soit beau. C’est une clef essentielle pour arriver à m’alimenter en pleine conscience. Mais souvent mes assiettes sont simples. Je ne photographie que celles qui me paraissent spectaculaires. La majorité n’a que très peu d’intérêt visuel. N’empêche que je reste persuadée que quand c’est beau, on ne mange pas de la même manière et les intentions à table sont totalement différentes.

Est-ce que TU T’habilleS uniquement avec des marques éthiques ?

NON. J’ai encore plein de vieux vêtements achetés chez Zara ou H&M. En revanche, je ne me suis pas acheté de nouveautés pour moi dans ces magasins depuis juin 2018. Je tiens bon. Ce n’est pas toujours facile car j’ai parfois envie mais j’essaie de ne pas trop trainer mes guêtres dans ces boutiques afin d’éviter de me laisser tenter. Ma fille en revanche adore H&M ou Pull&Bear (la marque adorée des pré-ados) et même si je trouve déprimant d’imaginer comment ces fringues ont été fabriquées et l’empreinte énergétique de souffrance qu’elles portent en elles, je ne veux pas que l’habillement devienne un sujet de conflit entre nous. Il y en a potentiellement suffisamment à l’adolescence. Lui interdire de fréquenter ces lieux est illusoire, même si ses achats dans ces boutiques restent mesurés. Je me dis que je préfère incarner le changement que je veux voir émerger autour de moi plutôt que de l’imposer aux autres. Je ne me prive cependant pas de lui expliquer, voire de réexpliquer sans cesse, mon embarras dans ces lieux. Je me suis aperçue que j’avais beaucoup moins de besoins qu’avant. Et comme mon budget fringue a largement baissé, je peux, de temps en temps, m’offrir une belle pièce chez une marque qui fabrique en conscience. Un autre critère est aussi apparu dans mes choix : la durabilité du vêtement. Pour moi, l’idéal est de trouver un vêtement fabriqué dans de bonnes conditions (par des personnes dignement rémunérées) avec des fibres naturelles et renouvelables, sans pétrochimie ni souffrance animale. Sur le papier, ça parait parfait. Sauf que dans les faits, j’ai été déçue par des fringues éthiques qui ne tiennent pas la route plus d’une année (dans le yoga notamment). Mes leggings Outdoor Voices ont beau être en « spandex », ils sont indéboulonnables depuis février 2017 et je les porte pourtant non-stop pour aller bosser. Je les malmène, je ne suis pas soigneuse néanmoins ils sont tous restés impeccables et galbants. Dans le domaine des chaussures, il y a aussi beaucoup à dire avec des souliers éthiques qui font des ampoules et dont la semelle en caoutchouc rigide se décolle trop rapidement…Nous sommes en transition, nous apprenons au fil des expériences et nous sommes condamnés à faire mieux. Mon manteau en mouton de chez Acne est souvent critiqué sur les réseaux sociaux : « Quelle honte une yogi avec une peau de bête ! ». J’ai bien conscience que je porte la peau d’un animal mort sur mon dos, alors que je refuse de manger sa viande et qu’il ne me viendrait pas à l’idée de m’acheter une veste en lapin. J’ai acheté ce blouson il y a de nombreuses années, lorsque je ne me posais pas encore ces questions, et je le porte chaque hiver depuis, sans désir d’avoir un nouveau manteau. Cela me réjouit de me dire qu’il comble mes besoins ! Je n’ai jamais rien testé d’aussi chaud ! Même les doudounes les plus performantes conçues en pétrochimie pur jus ne lui arrivent pas à la cheville en terme de chaleur. J’ai eu récemment une discussion avec une experte de l’industrie de la mode au sujet des doudounes justement. Dans le domaine du luxe, la plupart des marques ne veulent plus prendre le risque d’utiliser de la plume, de peur de se faire allumer sur les réseaux sociaux. Du coup, l’industrie produit des matières synthétiques beaucoup plus polluantes à fabriquer (et de source non durable) tandis que des éleveurs de canards bio sont contraints de brûler les plumes dont personne ne veut désormais. Il y a donc dans l’alimentation comme dans l’habillement, des arbitrages qui ne peuvent pas être simplement résolus par un jugement moral. Je ne mange pas de viande parce que l’exploitation animale me dégoûte (avez-vous vu les derniers reportages sur la fabrication du foie gras ?). Je ne mange pas de viande parce que l’industrialisation des élevages est une catastrophe environnementale (il y a un lien direct entre un steak frites consommé en France et la forêt brûlée en Amazonie pour la culture du soja censé nourrir nos animaux en Europe… sans compter les gaz émis par les animaux comparables à la pollution des voitures). Je ne mange pas de viande parce qu’il est rare de savoir avec certitude d’où elle provient (malgré l’étiquette made in France souvent trompeuse), comment elle a été tuée, nourrie, traitée, soignée. Je ne mange pas de viande parce que je peux faire autrement et que ma santé n’est pas mise en danger par mon choix. Mais peut-être que ma position actuelle changera si l’élevage des animaux évolue vers plus de raison… Je n’en sais rien aujourd’hui. Je ne fais pas de projection. Mais comme le dit souvent mon amie Laetitia Debeausse (interrogée dans mon livre), il n’y a pas une liste de règles simples à suivre pour devenir un parfait défenseur de l’environnement. On fait du mieux qu’on peut et avec des contraintes différentes. La culpabilité et la morale sur ces questions ne nous aident pas à améliorer nos comportements. En revanche, nous interroger nous met déjà en mouvement. En nous questionnant, on consomme moins, on recycle plus, on reporte des achats qui nous semblaient indispensables, on économise pour acheter mieux. On ralentit. On se dépouille. Et en chemin, on se trouve.

Est-ce qu’on ne trouve que des produits éthiques dans ta salle de bain ?

NON. Les étagères de ma salle de bain se sont complètement métamorphosées ces derniers mois. J’ai trouvé des soins pour mon visage qui me conviennent et qui sont alignés avec mes valeurs (j’en reparlerai dans un article puisque cette question revient souvent). J’ai surtout beaucoup moins de produits et de flacons qu’avant car j’utilise mille fois moins de choses pour prendre soin de moi. Je n’ai rien acheté en maquillage depuis que j’ai arrêté de travailler dans le secteur de la beauté. J’ai quasiment tout donné à ma fille qui s’amuse avec ses copines ponctuellement mais qui ne l’utilise pas au quotidien. De mon côté, je ne me maquille presque plus jamais. Quand ça m’arrive (surtout quand je suis filmée ou photographiée) j’utilise ce que j’ai déjà. Cela me semble grotesque d’acheter de nouveaux produits, même s’ils sont plus éthiques que mon blush Glossier. J’applique ce raisonnement pour tous les secteurs de consommation afin de réduire mes déchets : ne rien acheter de nouveau tant que j’ai encore du stock. Dans ma douche, nous finissons d’utiliser les larges provisions de gels douche que j’ai amassés au cours de mes années « beauté » et que j’avais déjà triés selon leur composition. J’imagine, peut-être à tort, qu’ils sont moins périssables qu’une crème pour le visage. La plupart de ces produits présentent un énorme inconvénient : leur packaging en plastique me dérange. Même quand il est issu de plastique recyclé, ça reste du plastique qui finira sa course dans le ventre d’un oiseau ou d’une baleine (la plupart de nos déchets ne sont pas recyclés, même ceux qu’on glisse dans les poubelles jaunes). Je voudrais qu’on n’utilise que du savon solide à la maison et il va falloir que je trouve un porte savon de qualité à visser dans la paroi de la douche pour éviter tous ces morceaux de savon mou qui finissent par boucher l’évacuation de nos eaux usées. Rayon cheveux, je n’ai pas trouvé le graal. J’ai testé quelques shampooings solides. Sur mes cheveux fins, le résultat reste mitigé. J’achète de très grands bidons de shampooings neutres au magasin bio. Je regrette juste qu’ils n’aient pas des senteurs plus élaborées que la sempiternelle essence de lavande ou de romarin recommandée pour les cheveux en manque de volume. Quant à ma fille, depuis qu’elle a découvert le pouvoir lustrant du shampooing 100% chimique d’une de ses copines, elle a décidé d’investir son argent de poche dans la formule. Lire la liste INCI m’a mis la larme à l’œil…

Est-ce que c’est vrai que TU ne prends plus D’AVION pour des raisons écologiques ?

NON. Enfin oui et non. J’essaie de privilégier d’abord les voyages en France et les destinations en Europe ou pas trop loin de Paris. Cependant, j’adore voyager et j’adorerais partir en Amérique du Sud. Ce continent m’appelle fortement, je le sens. J’ai à apprendre de cette terre vibrante. J’ai aussi envie d’aller voir mes amis installés à New York, à Tokyo et en Californie. Ils me manquent. Pourtant, l’idée de pulvériser tous mes efforts de l’année avec un vol long courrier au bilan carbone démesuré ne rend triste. Je sais qu’il existe des associations qui permettent de planter des arbres à hauteur de ce qu’on a détruit en volant. Et je finirai sans doute par trouver l’équation juste pour moi. En attendant, la joie me mène sur des sentiers français dans les Cévennes, le Vercors, la Drôme et les Alpes et j’ai envie de continuer à explorer l’Europe. Notre voyage au Portugal cet été m’a vraiment enthousiasmée.

Est-ce que le fait d’enseigner le yoga Te donne du recul dans toutes les situations du quotidien ?

NON. Même si je suis plus optimiste qu’avant et que j’ai totalement changé d’état d’esprit, je suis comme tout le monde. Avec des bons jours et des jours de « séparation ». De désunion entre moi et les autres. De dualité entre moi et ma conscience. Je juge beaucoup moins les autres qu’avant. Mais ça m’arrive encore. Je me juge moins qu’avant mais ça m’arrive encore. Je cris moins qu’avant mais ça m’arrive encore. Ce qui a changé c’est que je me rends compte de ce qui se déroule beaucoup plus vite qu’avant. Ma capacité d’observation s’est décuplée et j’ai des outils que je peux utiliser pour redescendre, me calmer, ne pas m’énerver. Par exemple : l’installation du logiciel de réservation en ligne Mindbody m’a bien saoulée en novembre. Mais j’ai réussi à n’insulter personne. J’en suis très heureuse ! Il y a quelques années, au téléphone avec une employée Orange, j’avais été assez ignoble. Bref, je suis comme avant, sauf que maintenant je me rends compte de comment je peux être. Je me sens responsable de ce qui m’arrive même quand ce n’est pas agréable. Et j’ai une carte pour rentrer à la maison, en moi, au centre du cœur.

Me voici telle qu’on me trouve la plupart du temps en ce moment, entre deux cours de yoga: dans mon bureau lit… J’adore mon bureau au dessus de chez moi mais j’ai parfois même la flemme de monter un escalier pour me mettre à écrire… REALITY BITES