Le bilan de ma dernière semaine de teacher training level 1
Photographie Lili Barbery-Coulon

Le bilan de ma dernière semaine de teacher training level 1

Le bilan de ma dernière semaine de teacher training level 1

Six mois de formation. Un style de vie complètement métamorphosé par une pratique quotidienne intensive et un nouvel état d’esprit. Retour sur les derniers enseignements récoltés au cours de ma formation à l’enseignement du kundalini yoga et la manière dont je compte les décliner dans ma vie…

Cela fait huit jours que je suis rentrée de ma troisième semaine de formation à l’enseignement du kundalini yoga et j’ai encore du mal à synthétiser tout ce que j’ai appris. C’était si riche. Si enthousiasmant. Comme à chaque fois, je suis revenue avec un éclairage nouveau sur celle que je suis et une sensation de transformation profonde (ma mue est cependant loin d’être achevée…). Je me sens prête à expérimenter dans ma « vraie » vie tout ce à quoi j’ai goûté brièvement dans cette école. Cet article m’offre aussi l’opportunité d’établir un bilan de ces six derniers mois de formation et de répondre aux questions que je reçois régulièrement sur Instagram. Revue de mes dernières prises de conscience… Spoiler : il y a une énorme annonce à la fin de cet article… on va voir si vous avez le courage d’aller jusqu’au bout 🙂

Voilà ce que m’a apporté cette formation: une nouvelle manière d’observer

Contrôle ou discipline ?

Lors du Summer Camp organisé par My Little Paris en août dernier, j’ai donné une conférence sur « le temps pour soi » et une personne qui assistait à mon speech m’a posé une question très intéressante : « Comment être à la fois dans le lâcher prise et l’accueil de ce qui est, tout en contrôlant l’heure à laquelle on se réveille, ce qu’on mange, ou la durée de sa pratique quotidienne ? ». Cette question est capitale, qu’on soit du genre « bon élève » ou diplômé en « procrastination ». Je ne peux parler que de mon expérience et elle ne peut pas constituer un exemple pour tous. Néanmoins, j’espère qu’elle aidera les profils qui se reconnaitront dans mon récit. Comme j’ai une tendance à être un « bon soldat », je n’ai jamais manqué de volonté lorsqu’il s’agit de m’engager dans une voie si elle me paraît bonne. J’ai fait des tonnes de régimes avec beaucoup de détermination, j’ai suivi de nombreuses thérapies sans manquer mes rendez-vous et j’ai fait du sport pendant des années sans ressentir la moindre joie. Est-ce que cette volonté m’a permis de m’épanouir ? Non. Est-ce que ces régimes passés m’ont permis de me maintenir à un poids stable ? Non. Est-ce que me forcer à faire une activité physique que je détestais a fini par me donner goût au sport ? Non. La prise de contrôle m’a toujours apporté une satisfaction immédiate… et m’a toujours mené à une sensation d’échec, à court ou moyen terme. Quand le mental mène la danse et qu’on va à l’encontre de sa joie naturelle, on crée une tension intérieure. Une sorte de corde bien étirée entre deux polarités. Au fil du temps, la tension l’usure, elle s’effiloche et rompt brutalement. Ce jour-là, on a brusquement envie de dévorer tout ce qu’on avait évincé, on renonce aux bonnes habitudes qu’on avait mises en place, on déprime, on se sent en échec, misérable et il semble que la seule voie de sortie après avoir touché le « fond de la piscine » soit un nouveau cycle de contrôle. Ces phases de contrôle m’ont conduite à reprendre systématiquement du poids. Comme on baigne dans une société qui valorise le contrôle et la performance, on se sent conforté dans l’illusion qu’il n’y a qu’un seul choix : contrôler, organiser, planifier. Le contrôle peut être une phase d’apprentissage pour installer une nouvelle habitude mais s’il n’est pas au service de notre joie, alors il ne deviendra jamais une discipline, un automatisme. J’ai perdu du poids grâce à Weight Watchers il y a deux ans mais ce n’est pas ce programme qui m’a permis de ne pas reprendre les kilos perdus. C’est la pleine conscience des messages envoyés par mon corps qui m’aide encore aujourd’hui (NB : il m’arrive encore bien souvent de ne pas tous les écouter…). Voici un autre exemple : on force les enfants à brosser leurs dents chaque matin avant d’aller à l’école. L’habitude peut prendre quelques semaines, quelques mois, voire quelques années à s’installer. Et puis, un jour, on prend conscience du bénéfice et de la joie des dents propres et il nous est impossible de commencer une journée sans cette sensation. Une fois qu’on a acquis une discipline, on n’a plus besoin de faire appel au contrôle. L’une de mes profs disait il y a dix jours : « Le contrôle, c’est le mental ; la discipline, c’est la conscience ». On a parfois du mal à distinguer les deux. Mais revenir à l’exemple des dents propres est intéressant. Dans la pratique du yoga, comme dans toutes choses, il y a plein de gens qui sont dans le contrôle (et ça m’arrive aussi, donc je sais de quoi je parle 🙂 ). J’entends souvent dire au sujet d’un tiers : « Il/Elle va trois fois par semaine au yoga mais dans le boulot, c’est toujours un gros connard, donc je me demande vraiment à quoi ça lui sert ». Mis à part le jugement émis qui en dit plus sur celui qui parle que sur la personne en question, je suis certaine que le yoga n’est miraculeux que si on met de la conscience dans sa pratique. On peut être la reine des postures inversées, épater toute une galerie sur les réseaux sociaux avec un grand écart, tout en étant uniquement au service de son mental et pas du tout connectée à sa conscience supérieure. Une fois qu’on a trouvé ce qui nous fait du bien et qui nous donne de la joie, comment trouver la motivation lorsque notre mental chuchote « Reste au lit ! » ou « Allez, c’est bon, lâche-toi un peu, mange ce gâteau, t’en as tellement envie » ou encore « si tu fais la moitié de ton kriya, personne ne le saura ?! ». Ma prof nous suggérait deux choses qui marchent vraiment bien pour moi. J’ai la chance de me lever tôt sans réveil mais je ne fais pas ma sadhana chaque matin à 5h. Souvent, je me lève plus tard. J’essaie d’être à l’écoute des besoins de mon corps. Cette semaine, par exemple, ma fille est en vacances et je peux me lever un peu plus tard que d’habitude car nous ne sommes pas soumis aux horaires du collège. Ca tombe bien car j’ai plusieurs sorties prévues le soir. Imaginons que ce soit hyper difficile pour moi de me lever et que je manque de motivation un matin. Première suggestion : se connecter à sa joie avant de se mettre à la pratique. Ce n’est pas la pratique qui est censée apporter de la joie. C’est un état d’être. Il y a plein de petites choses qui peuvent nous mettre en joie : danser, écouter de la musique, la cabriole d’un animal qui vient nous saluer… Quand je me lève en pleine nuit et que le ciel est étoilé, cela suffit à me mettre en joie. Cette joie est un fil conducteur qui me conduit à mon essence, ma propre couleur primaire. Avoir un autel peut aussi aider à nous rappeler cette essence : on peut y mettre des pierres, des fleurs fraîches ou séchées, des figures ou des photos qui nous inspirent, un encensoir, une bougie… Concernant l’alimentation, je mets, comme vous le savez si vous avez lu mon livre Pimp My Breakfast, un point d’honneur à manger assise et à composer une belle assiette. Parce que cette beauté me donne de la joie et qu’elle m’aide à retrouver le chemin de ma conscience supérieure. Et à faire des choix qui l’honorent. Cependant, ça ne se passe pas toujours comme ça. D’où la deuxième suggestion de ma prof : vous pouvez aussi choisir de ne pas écouter ce qui sert votre soi supérieur, votre corps, votre bien-être, mais dans ce cas, faites-le en conscience ! Si on a très envie d’une part de gâteau alors qu’on ne digère pas bien les ingrédients qui le constituent ou bien qu’on n’a plus faim, si l’on décide de ne pas pratiquer un matin parce qu’on préfère rester au lit, on choisit en conscience de se faire plaisir et de profiter vraiment de l’instant présent. On sait que cela aura des conséquences (j’ai mangé cette semaine des gaufres sucrées au lait ribot et à la farine de blé, ben je peux vous dire que je n’ai pas pratiqué de la même manière le lendemain matin !) mais on saura les accueillir en tirant l’enseignement par l’expérience. Mon mentor m’a également dit que l’idée n’était pas d’empêcher nos réactions aux situations rencontrées en les contrôlant mais de comprendre ce qui a provoqué la réaction SANS SE JUGER ET EN SE PARDONNANT. Tenir un journal peut nous aider à y voir plus clair. Là encore, il faut savoir développer une certaine discipline pour écrire quotidiennement. Bref : il y a du boulot 🙂 !

Photographie Lili Barbery-Coulon. En sortant de la sadhana à 7h30 du matin

L’état d’être ne s’arrête pas à la fin d’un cours de yoga

Jusqu’au début de ma formation en avril 2018, je prenais trois cours de kundalini yoga par semaine, parfois quatre pendant lesquels je me sentais en apesanteur. Mais je vivais tout le reste de ma vie comme une course effrénée. Je sentais bien que ça n’avait aucun sens d’être en apnée 90% du temps pour seulement reprendre mon souffle sur mon tapis. La première intention que j’ai posée en avril lorsque je suis arrivée dans cette école a été de ralentir. Je l’ai déjà raconté dans cet article : j’ai en effet beaucoup ralenti. Les réseaux sociaux vous donnent parfois l’impression inverse mais c’est pourtant le cas. Je travaille moins qu’avant. Je sors moins. Je produis moins. En septembre, j’ai eu une rentrée qui n’a ressemblé à aucune autre. La dernière fois que j’ai été aussi sereine en septembre, j’avais 19 ans, j’étais étudiante et je jouissais de quatre mois de vacances scolaires chaque été. Le niveau de ma pratique s’est tellement intensifié avec la formation que j’ai ressenti le besoin de prendre le temps d’intégrer les enseignements. Et puis, la pratique quotidienne ainsi que les différents exercices proposés par mon école (tenir un journal, méditer…) m’ont poussé à faire de nouveaux choix en terme de style de vie (je pense notamment à mes récentes prises de conscience écologique). Couche après couche, je retire, j’allège, je nettoie, je m’éveille. Je regarde mon chemin depuis avril et je ne vois plus du tout le yoga comme une activité à côté de ma vie, un hobby ou une thérapie alternative. Une de mes profs de l’école disait : « Le kundalini yoga n’est pas une béquille qui vous aide à vivre sinon vous risquez de devenir accro ». On ne remplace pas une addiction (le sucre, le travail, l’argent, la drogue, le jeu, le sexe…) par une autre, aussi vertueuse soit-elle. Cette phrase a beaucoup résonné en moi. Car ayant une forte propension à développer des addictions (je suis une ancienne fumeuse, j’ai eu des troubles du comportement alimentaire, j’ai aussi été workaholic…), je sais que je peux facilement tomber dans ce piège. Je me souviens en 2017 de périodes où je ressentais l’urgence de prendre quatre voire cinq cours dans la semaine tout en refusant de changer le moindre iota à mon rythme soutenu. Une fois qu’on a compris que le yoga vise un état d’être, on peut le décliner à chaque instant de sa vie. Spoiler : on se détache alors d’un paquet de trucs qu’on croyait indispensables et tout ce qui sonne faux en nous devient de plus en plus difficile à supporter…

Photographie Lili Barbery-Coulon. Creuser en soi, se confronter à ses propres ténèbres pour découvrir son propre trésor

Transformer « je veux » en « je suis »

La semaine dernière, une des expériences proposées m’a permis de mettre le doigt sur un blocage récurrent chez moi : le désir de réussite m’empêche d’entrer dans l’état d’être et de faire de la place à l’inattendu. Une élève en formation avec moi confiait qu’elle a mille compétences mais qu’elle n’ose jamais se lancer dans l’un des métiers auxquels elle est formée car elle attend de devenir une experte du domaine en question pour le faire. J’ai longtemps ressenti cette illégitimité à me lancer. C’est le syndrome de la bonne élève. Je l’ai depuis toute petite. Ça va de pair avec le perfectionnisme et la tendance control-freak. Or, dans le kundalini yoga, on ne cherche pas de « bons élèves ». On se fout pas mal de savoir si vous pouvez tenir trois minutes en stretch pose, si vous enchainez 108 grenouilles au réveil ou si vous savez faire le kundalini lotus en respiration du feu. La question est : est-ce que vous êtes connecté à votre cœur ou bien est-ce votre mental qui dirige votre pratique ? Mon mental a tendance à vouloir reprendre les rênes dès que mes muscles commencent à souffrir. Ou dès que je n’ai aucune idée de ce qui va se passer après. Là-haut c’est la panique : « Nan mais ça va durer encore longtemps ? Ça fait combien de temps qu’on chante déjà ? Au moins un quart d’heure voire 31 minutes… J’ai mal aux bras, j’ai mal aux genoux… ». Et puis, par moments, c’est le « bliss ». Mon cœur s’ouvre, je ne suis que dans l’instant présent, j’oublie mes muscles, j’oublie la compression des minutes qui s’écoulent, je me sens éternelle, illimitée, invincible, je ne fais plus qu’un avec tout ce qui m’entoure, les êtres humains comme les arbres ou les étoiles, il n’y a plus d’avant ni d’après, seul l’instant compte. Je « suis » pleinement. Intensément. Il n’y a plus de « je veux ». En tant qu’élève, il est important de faire la différence entre les deux intentions qui sont diamétralement opposées. En « voulant » absolument obtenir un résultat, on risque de 1) passer à côté de l’enseignement proposé 2) se blesser. Mais ce que je trouve passionnant c’est que l’enseignant lui aussi doit faire attention à motiver ses élèves pour qu’ils aient le courage (du latin cor qui signifie cœur) de dépasser leurs peurs sans les pousser à la performance, sans les mettre dans une compétition avec eux-mêmes. C’est un équilibre subtil à trouver pour l’élève comme pour l’enseignant. Et cela pulvérise toutes nos croyances sociétales concernant la performance, la réussite, la médaille et les honneurs qui vont avec. Dans le yoga, il n’y a pas de bonne note, il n’y a que de l’enseignement à tirer. Et dans la vie, c’est pareil ! Avant, j’avais toujours besoin d’une carotte sous le nez pour avancer : des vacances, un projet à terminer, une ligne d’arrivée à atteindre… A présent, je me contente d’être dans l’instant présent et de faire place à l’inconnu. Ce n’est pas simple tous les jours car j’ai toutes mes résistances qui sont prêtes à se déployer à la moindre fragilité. Mais ma vie me plait beaucoup plus aujourd’hui qu’avant. Et surtout j’ai confiance en ma destinée. Car dès que je me contente d’être, dès que je me dis que je suffis et que je n’ai pas besoin d’être meilleure, plus belle, plus mince, plus douée, plus experte, plus intelligente que je ne le suis pour exister, alors les miracles tombent du ciel. Et je vous assure que je pèse mes mots quand je parle de miracles.

Photographie Lili Barbery-Coulon. Cultiver sa joie quotidienne en contemplant la beauté partout où elle se trouve

La loi de l’attraction

J’ai longtemps cru que le hasard existait. Ce n’est plus le cas. Mais alors, plus du tout. Certains sont d’accord pour reconnaître que le « hasard » est sidérant de justesse, quand la situation tourne à leur avantage. Exemple : il vous est probablement déjà arrivé de penser à une personne que vous n’avez pas vue depuis plusieurs années en vous brossant les dents le matin puis de la croiser quelques heures plus tard sur un quai de gare alors que vous venez de louper un train. La synchronicité entre le retard qui a provoqué le train loupé, la pensée furtive du matin et la rencontre génère souvent des « Mais c’est diiiiiingue, je pensais justement à toi en me levant !!! ». Néanmoins, lorsque le hasard nous joue de mauvais tours – un accident, une agression, une engueulade avec un inconnu dans la rue – alors il est insupportable de penser qu’on l’a aimanté à soi. Attention, dans mon équation, j’évacue illico la justice et la méritocratie. Il ne s’agit pas de dire qu’on a bien « mérité » les coups durs de sa vie. Le principe est de se placer, sans jugement, à l’extérieur des événements qui viennent de se dérouler dans le réel, exactement comme en méditation, lorsqu’on observe ses pensées avec du recul, sans nos filtres sociétaux qui diffèrent d’un pays à l’autre, d’un genre à l’autre, d’une religion à l’autre. Hum… pas simple ! Cela demande en effet un peu d’entrainement (je sais que je me répète mais la méditation quotidienne est indispensable pour cultiver notre aptitude à observer et dissoudre notre propension au jugement de nous-même et des autres). Quand on est en train de traverser un tunnel de drames en tous genres, entendre « Il n’y a pas de hasard » parait assez violent, parce qu’on s’imagine que cela signifie « qu’on l’a bien cherché ». Mais imaginez un instant qu’on aimante à soi TOUT ce qui nous arrive, le bon comme le mauvais. Cela signifie que l’on peut métamorphoser le cours de sa vie en attirant l’amour, la lumière, la santé et la prospérité dont nous avons besoin. Encore faut-il tirer les enseignements des épreuves traversées et cultiver la connexion à son propre cœur… C’est difficile mais essentiel car c’est le seul moyen de sortir du statut de victime sur lequel on ne peut rien reconstruire de sain et qui nous conduit à penser que nous sommes des sous-versions de nous-même. Je tiens à préciser que je ne crois pas qu’il faille pour autant se forcer à faire semblant d’être heureux pour attirer du bon dans sa vie. L’idée est justement d’arrêter de faire semblant tout en aiguisant sa capacité à se réjouir des petites choses. Entretenir le feu de la joie, en faire le fil conducteur de sa vie : je suis convaincue que c’est une voie possible. Il suffit de faire plaisir à quelqu’un, d’offrir son sourire à un inconnu, de parler avec respect, d’exercer sa gentillesse et son humour. Plutôt que se noyer dans la plainte en imitant Calimero, on peut apprendre à 1) nommer ses émotions sans s’identifier à elles 2) les accueillir comme elles sont sans les juger 3) tirer un enseignement de ce que l’on a attiré à nous, consciemment ou non, sans nous juger 4) décortiquer les croyances cachées qui ne nous constituent pas et qui ne nous appartiennent pas (celles de nos parents, celles de notre entourage ou du système dans lequel nous évoluons…).

Photographie Lili Barbery-Coulon

Chaque épreuve nous offre l’opportunité d’apprendre et de nous transformer

En choisissant de regarder les situations auxquelles nous sommes confrontées avec distance, on s’aperçoit que les épreuves les pires nous offrent toujours un enseignement précieux. On n’a pas besoin de croire en la réincarnation, à l’existence de l’âme ni à sa mission dans l’univers pour avoir remarqué que certaines situations – un deuil, un licenciement, une dépression, une séparation amoureuse, une maladie…- peuvent radicalement nous changer. Si, et seulement si, nous acceptons de prendre nos responsabilités (paragraphe précédent) et de voir ce qui nous a conduit à cette situation. Prenons un exemple concret : il y a un paquet d’années, j’ai eu le sentiment de vivre une grande injustice professionnelle. Alors que j’avais toujours été l’employée modèle, dévouée et bosseuse, on m’a brusquement reproché de manquer d’éthique et de loyauté. En l’espace de vingt-quatre heures, je suis littéralement passée des félicitations au mépris. L’histoire est longue et je ne compte pas vous la raconter en détails, d’autant qu’elle implique des personnes qui ne seraient probablement pas très heureuses de se reconnaître dans mon récit. Sur le moment, j’ai cru que le sol se dérobait sous mes pieds. J’ai passé un été sans sommeil à sangloter en hurlant à l’injustice sans savoir ce qui allait m’arriver à mon retour de vacances. J’ai finalement décidé de négocier une rupture conventionnelle pour reprendre la main sur cette situation que je trouvais inacceptable. Pendant les mois qui ont suivi mon départ, alors que j’avais retrouvé un emploi bien plus satisfaisant, je n’arrêtais pas de me refaire le film de ce que j’avais bien pu faire pour « mériter » un traitement pareil. En particulier entre 3h et 6h du matin. Je ne dormais plus, j’étais folle de rage et de chagrin. J’ai élaboré toutes sortes de scénarios qui me paraissaient probables en tentant de me mettre à la place des autres (un projet voué à l’échec). J’ai maudit ceux que je croyais responsables de cette situation. Je leur ai même souhaité de brûler en enfer. En me racontant en boucle la même histoire, je ne cessais de lui donner de l’ampleur, je la faisais entrer dans mon présent alors qu’elle s’était terminée plusieurs mois plus tôt. Et puis, un jour, je me suis aperçue que j’étais entièrement responsable de ce qui s’était déroulé. Il n’y avait pas de « gentils » ni de « méchants », juste un enseignement à recevoir. La vérité c’est que cela faisait au moins deux ans que je me plaignais constamment de mon travail. Je ne l’aimais plus et je le manifestais plusieurs fois par semaine, consciemment et inconsciemment. Je n’aimais plus l’entreprise pour laquelle je bossais ni le contenu de ma mission professionnelle mais j’étais terrorisée à l’idée de quitter le confort financier et la reconnaissance que cette boîte prestigieuse m’apportait. J’étais si mal que, sans m’en rendre compte, j’ai attiré une situation dans laquelle je ne pouvais qu’apparaître coupable (bien que je ne l’étais pas mais la vérité n’a aucune importance dans ma démonstration puisqu’elle est toujours subjective). La question à résoudre était : quelle scène étais-je en train de rejouer à travers ce que je ressentais comme une trahison ? En psychanalyse, on cherche la ou les scènes clé de l’enfance qui pourraient tout expliquer. En yoga, on appelle ça un karma non résolu. L’âme qui s’est réincarnée dans le corps physique qui est le nôtre n’a pas pu remplir sa mission dans ses vies précédentes. Elle est revenue dans la matière pour passer du karma au dharma. Il y a des tonnes de karma non résolus comme la peur du manque, la peur du changement, la peur de la mort, la honte du plaisir sexuel… qui sont eux-mêmes liés à des croyances très variées comme « je ne mérite pas d’être aimé.e », « je ne suis pas capable de devenir un bon parent », « il faut être pauvre pour aller au paradis », « la sexualité est source de honte », « il faut souffrir pour être beau/belle »… Ces croyances appartiennent souvent à nos familles, parfois aux religions avec lesquelles nous avons été éduquées, à l’inconscient collectif d’une nation tout entière… ou bien à nos vies passées. Imaginez que vous ayez déjà vécu les mêmes humiliations, les mêmes échecs plusieurs vies avant celle d’aujourd’hui ? Combien de fois allons-nous expérimenter la même épreuve avant d’en tirer une leçon ? On devrait toujours être plein de gratitude quand on réussit à identifier une répétition ou un schéma. C’est la première étape pour accueillir pleinement l’émotion qui est liée et résoudre le karma en question. Bon, cela dit, identifier ne suffit pas. Cette semaine, à l’école, j’ai réussi à lister un bon paquet de karmas non résolus… On a fait beaucoup de rituels et de kriyas (enchainements de postures) dédiés à la résilience et à la guérison qui m’ont soulagée mais qui n’ont pas suffi à mettre l’ardoise à vide. J’ai du pain sur la planche et plus j’avance, plus le sommet de la montagne me paraît élevé.

Photographie Lili Barbery-Coulon

Remercier ceux qui nous ont fait le plus souffrir

Ces six derniers mois de formation m’ont donc permis de réaliser que les conflits nous offrent toujours une chance de recevoir un enseignement. A présent, lorsque je réagis parce que je suis exaspérée ou blessée par une personne, qu’elle me soit inconnue ou familière, au lieu d’en parler à une copine en m’exclamant « Nan mais tu te rends compte ? Nan mais quel connard ce X ! T’as vu ce qu’il m’a dit ? c’est dingue !!! Les gens sont vraiment culottés, bla bla bla… », je me questionne sur l’origine de mon émotion. Pourquoi est-ce que l’avis de X a autant d’impact sur moi alors qu’il indiffère mon voisin ? Pourquoi est-ce que je lui accorde autant d’importance ? Qu’est-ce que ça fait résonner en moi ? Quelle est la résistance cachée derrière mon émotion ? Qu’est-ce qu’elle dit de moi ? Que je manque de confiance en mon propre avis ? Que je suis encore et toujours en quête de valorisation extérieure et d’amour inconditionnel ? Il ne s’agit pas de se fouetter et de se dire qu’on est coupable de tout mais au contraire d’identifier nos résistances, nos croyances, nos schémas, nos karmas puis de se pardonner afin de guérir. Je rêve d’un monde où chacun se mettrait à faire ce travail. Vous imaginez le basculement des énergies de la colère vers la compassion ? Vous imaginez la manière avec laquelle on arriverait à communiquer entre nous ? C’est ce que le Dalai Lama transmet quotidiennement (suivez-le sur Twitter, chacun de ses tweets est un cadeau). En faisant cet exercice quotidien d’observation, on ne peut que se reconnaître en l’autre, celui qu’on appelait « le connard » n’est plus que le miroir d’un de nos aspects. Alors on peut, mentalement, le remercier infiniment pour le rôle qu’il a joué dans notre vie et lui souhaiter le meilleur.

Photographie Lili Barbery-Coulon

C’est l’expérience qui nous enseigne le mieux dans quelle direction avancer

On peut lire des tonnes d’ouvrages sur la philosophie, la psychothérapie, la psychanalyse, l’EMDR, l’hypnose ou encore la méditation, le pranayama, le yoga, le développement personnel… En les listant ainsi, je ne cherche pas à mettre ces disciplines/techniques au même niveau. Elles font partie de mon chemin initiatique depuis mes 16 ans. Mon école de kundalini yoga m’a permis de comprendre une chose : c’est l’expérience qui permet d’avancer sur soi. Lire et intellectualiser des concepts est évidemment aussi stimulant qu’inspirant pour le cerveau. Mais la dimension expérimentale est indispensable pour recueillir l’enseignement. « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information » disait Albert Einstein. J’ai très longtemps ressenti une grande résistance à tout ce qui me paraissait « ésotérique ». Je mettais dans un même sac (poubelle) ceux qui parlaient d’expériences bizarroïdes, d’astrologie, de thérapies alternatives. J’étais fière d’avoir l’esprit cartésien, je ne croyais ni en Dieu, ni en la vie après la mort et je ne voyais aucun lien entre un arbre et un être humain, ni entre une étoile et une naissance. J’avais pourtant expérimenté des phénomènes que ma raison ne pouvait expliquer. J’ai ressenti par exemple la mort de mon père à l’autre bout du monde bien avant que son décès ne me soit officiellement annoncé. Plusieurs années plus tard, j’ai testé un soin avec la réflexologue Gwenn Libouban, la masseuse Ingrid Toutain, la thérapeute Junnon Merigoux et l’ostéopathe Gregor Schultze. Chacun, à sa manière, a ouvert mon esprit à ce que je ne voulais pas croire. Ils ne l’ont pas fait avec des mots. C’est l’expérience de leur soin qui m’a convaincue. Il suffit d’une expérience bluffante pour que l’on s’ouvre à ce que l’on ne percevait pas jusqu’alors. En novembre 2017, en retraite de kundalini yoga avec Caroline Benezet à Essaouira, cela faisait déjà plus d’un an que je pratiquais intensément ce yoga. J’avais déjà ressenti des choses que je n’arrivais pas à élucider. J’avais par exemple reçu des guidances pendant la pratique (un message qui ne semble pas venir du mental mais d’une intuition profonde qui échappe au raisonnement habituel). C’est d’ailleurs l’une de ses guidances qui m’a conduite à partir au Canada l’été 2017 pour enterrer mon père, mort 28 ans plus tôt au Québec. Mais je n’avais encore jamais eu accès à « la source ». Il n’y a pas de mot pour la décrire. Seuls ceux qui en ont fait l’expérience connaissent ce puit de lumière qui irradie chaque cellule et se déploie infiniment. On peut d’ailleurs lui donner le nom qu’on veut : la source, la lumière, Dieu, l’univers… Inutile de chercher à avoir accès à cette expérience, elle ne se soumet pas à la volonté. La pratique intensive en retraite au Maroc m’a permis d’y plonger et cela m’a bouleversée car j’ai compris que ce que j’avais cherché à l’extérieur (de l’amour, de la confiance, de la reconnaissance…) avait toujours été là, à l’intérieur de moi. C’est d’ailleurs cette expérience qui m’a décidé à me former. Je ne savais pas comment ni où encore moins avec qui, mais j’ai soudainement ressenti l’urgence d’aller plus loin, d’en savoir plus. Au cours de ma formation, on m’a proposé des expériences qui m’ont permis d’éveiller ma conscience à des niveaux que je n’avais jamais atteints jusqu’alors. Surtout, j’ai compris que l’expérience qu’on propose à des élèves pendant un cours de kundalini yoga est une version miniature de la vie : des hauts, des bas, des résistances, du lâcher prise, la pression exercée sur le corps qui ressemble à celle qu’on ressent en traversant certaines épreuves, l’illumination lorsqu’on identifie enfin le blocage, la libération lorsqu’il se dissout sous nos yeux… Aujourd’hui, je garde le même état d’esprit face aux situations que je rencontre dans ma vie quotidienne. Même les plus banales. Il y a toujours un enseignement à tirer d’une expérience si l’on est prêt à l’observer avec distance et discernement, sans jugement ni culpabilité. On appelle ça le guru yoga. On ne cherche plus à penser mais à ressentir et l’on s’en remet à son propre maitre intérieur. D’ailleurs, chaque cours de kundalini yoga commence par le mantra « Ong namo Guru Dev Namo »: Je m’incline devant l’énergie créatrice infinie et je m’incline devant l’enseignant à l’intérieur de moi qui me permet de passer de l’ombre à la lumière par transparence.

Selfie… au retour de ma dernière semaine de formation

Et maintenant ?

Roulement de tambours… Ce qui est certain, c’est que je ne vais pas arrêter ma formation avec cette troisième semaine de level 1 qui vient de s’achever. J’ai encore pas mal de devoirs à la maison (quatre kriyas de 40 jours chacun à enchainer) ainsi qu’un mémoire à rendre en février 2019. Au printemps, je reprendrai le chemin de l’école pour entamer le teacher training level 2 qui devrait m’occuper pour au moins deux années supplémentaires. Quant à partager ces enseignements, je l’ai toujours écrit ici, ça n’a jamais été un but lorsque je me suis inscrite dans cette école. Je voulais plus d’autonomie. Je voulais comprendre ce que je faisais dans ces cours et aller plus loin. Je ne savais pas que j’entamais une métamorphose profonde. Mon mentor qui est aussi le fondateur de cette école n’a pas arrêté de nous répéter qu’il y avait beaucoup trop de profs de yoga et que le but de la formation n’était pas forcément de devenir enseignant mais de décliner ces enseignements et cette conscience dans nos jobs respectifs. Cet été, cependant, j’ai partagé ma pratique avec mes amis dans les Cévennes. J’ai donné des cours malgré moi aux adultes comme aux enfants. Ca s’est fait de manière organique et ça m’a donné beaucoup de joie. A la rentrée en septembre, mon amie Anne Bianchi qui enseigne le kundalini yoga, m’a proposé de venir partager ma sadhana (la pratique du matin) avec elle, « juste comme ça, pour t’entraîner ». Puis, une autre prof que j’adore, Camille Param Devi m’a demandé de venir lui donner un cours chez elle. Cela nous a rendu très joyeuses. Quelques jours plus tard, mes deux copines Chloe Kernaghan et Krissy Jones, professeurs et fondatrices des studios de yoga Sky Ting à New York étaient de passage à Paris et cherchaient désespérément un cours de kundalini. Caroline Benezet, la prof dont je vous parle constamment sur les réseaux sociaux, était à Arles en retraite, Camille Param Devi était dans le Var avec Les Merveilles Yoga, Adèle Weiss était à Hossegor avec Yoga Searcher et Anne Bianchi était en formation (Anne est aussi thérapeute, spécialisée en sexothérapie). Les voyant déçues, je leur ai proposé de leur donner un cours en toute humilité, vu que ma formation n’était pas encore achevée. Elles ont adoré. Et moi, je suis sortie de cette expérience le cœur battant comme si je venais de tomber amoureuse. J’étais si heureuse ! J’ai bien fait de m’entraîner un peu car le premier soir de ma troisième semaine de formation, je venais à peine d’arriver (en retard car j’ai loupé mon train, talking about karma !), j’avais un gros rhume et un paquet de craintes et BIM : on m’a demandé de préparer le cours de 5h30 du lendemain matin. Ha ha ha, welcome ! J’ai surmonté mon appréhension et même si c’était maladroit, j’ai ressenti beaucoup de plaisir en partageant ces enseignements. Je me suis souvenue d’une discussion avec Camille Param Devi à la sortie du cours que je venais de lui donner. Je lui disais que c’était bizarre pour moi de n’avoir aucun projet, de vivre au jour le jour sans défi à relever. Elle a éclaté de rire et m’a dit : « Cherche pas trop, va, tout est là ». A l’école, pendant cette dernière semaine, j’ai ressenti l’urgence de partager ces enseignements. Et notre mentor nous a aussi demandé de nous mettre à enseigner. Pas forcément pour en faire un métier à temps plein, mais au moins une fois par semaine. Peu importe le but au fond. J’ai senti comme un appel à l’intérieur de mon ventre. Alors, j’en ai parlé à Anne Bianchi qui a créé un petit studio aussi joli qu’une pierre précieuse à Montmatre, juste à côté de chez moi. Et je lui ai demandé si elle serait d’accord pour que je donne un cours une fois par semaine. Elle a tout de suite réagi positivement et s’est réjouie que je manifeste ce désir. On s’est mis d’accord et elle a aussitôt annoncé la nouvelle sur le groupe Whatsapp qu’elle a créé pour son studio baptisé Sat Nam Montmartre. Mon tout premier cours aura lieu jeudi 25 octobre de 18h à 19h30. Il est déjà plein car il n’y a que huit places mais n’hésitez pas à me contacter par email à contact@lilibarbery.com si vous souhaitez vous inscrire sur une liste d’attente (en cas de désistement) ou bien si vous souhaitez participer à un autre cours que je donnerai tous les jeudis, toujours à la même heure, de 18h à 19h30. Les tarifs de Sat Nam Montmartre sont les suivants : 25 euros le cours d’1h30. Anne Bianchi a le projet d’agrandir cet espace. D’ici peu, il y aura donc plus de places disponibles et je pourrai ainsi répondre plus efficacement aux demandes. Bon ben j’ai l’impression de sauter du grand plongeoir. J’ai des papillons dans le ventre et je ressens une joie intense. J’ai hâte !

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